Extinction de l'éclairage public et criminalité en France hexagonale

Éclairage publicSécurité

Les élections municipales 2026 ont placé au centre du débat public le sujet de l’extinction de l’éclairage public. Après que de nombreuses communes aient mis en place une extinction partielle ou totale de leur éclairage, ce choix est remis en question par les candidats.

Les enjeux autour de ces extinctions sont énergétique, économique et écologique néanmoins le débat public se concentre principalement sur un autre aspect, la sécurité. L’absence d’éclairage provoque un sentiment d’insécurité mais a-t-elle un lien avec l’insécurité elle-même ?

Les extinctions de l’éclairage public en France hexagonale

Faute de source de données déclarative, il est difficile de recenser les communes ayant recours à une extinction de leur éclairage. Heureusement, le CEREMA publiait en juillet 2025 une riche étude sur le sujet à partir d’images satellites.

Animation gif du CEREMA montrant les communes ayant éteint leur
éclairage public entre 2014 et 2024.

Ces données restent estimatives et ne prennent pas en compte les extinctions avant 2014 mais elles nous permettent d’observer les évolutions de ces dernières années. L’étude estime que 11980 communes pratiquent une extinction totale de leur parc et 3547 une extinction partielle sur 19262 (sur 34935 communes en France) communes étudiées.

On peut remarquer que ces extinctions sont réparties hétérogènement sur le territoire et elles sont aussi plus souvent pratiquées dans les communes de moins de 20 000 habitants.

Croisement avec les données communales de la délinquance

En parallèle, il est possible d’accéder en open data aux données de la délinquance et de la criminalité en France découpées par commune (hors sécurité routière).

Ces données présentent elles aussi des lacunes. Seuls les délits et crimes recensés par la police ou la gendarmerie y apparaissent. De plus, les données pour les communes ayant enregistré moins de 5 délits ou crimes pendant 3 années consécutives n’apparaissent pas.

Pour nos besoins d’analyse, il nous faut un historique de données pour comparer les données avant et après l’extinction. On se limite donc uniquement aux villes pour lesquelles les données sont disponibles 2 ans avant et 2 ans après l’année d’extinction.

Ci-dessous la carte des 7425 communes pour lesquelles le CEREMA a detecté une extinction de l’éclairage et pour lesquelles les données de déliquance et de criminalité sont disponibles soit 1 commune sur 5 en France.

Carte de France
hexagonale montrant les communes où une extinction est pratiquée ET où les données
de criminalité sont disponibles.

Notre analyse se restreint donc à la France hexagonale et ces communes particulières faute de données pour le reste du pays.

Comment manipuler ces données

Les données ouvertes de criminalité sont regroupées par commune et par typologie de crime et de délits (tous les indicateurs ne sont pas disponibles pour toutes les villes) :

1. Cambriolages de logement2. Destructions et dégradations volontaires3. Escroqueries et fraudes aux moyens de paiement4. Trafic de stupéfiants5. Usage de stupéfiants6. Usage de stupéfiants (AFD)7. Violences physiques hors cadre familial8. Violences physiques intrafamiliales9. Violences sexuelles10. Vols avec armes11. Vols d’accessoires sur véhicules12. Vols dans les véhicules13. Vols de véhicule14. Vols sans violence contre des personnes15. Vols violents sans arme

À partir de ces indicateurs nous pouvons obtenir un score pour chaque commune.

Score communal — proportion des indicateurs d’une commune qui augmentent plus vite que dans son département, entre les 2 années précédant et les 2 années suivant l’extinction.

  • 0 → aucun indicateur ne progresse plus vite que le département
  • 1 → tous les indicateurs progressent plus vite que le département

Cet indicateur qualitatif permet de comparer des communes de tailles très différentes.

Nous pouvons donc calculer chaque année une moyenne sur l’ensemble des communes ayant pratiqué une extinction de l’éclairage et la comparer avec toutes celles n’y ayant pas encore eu recours :

Graphique de 2018 à 2022 montrant la moyenne de la proportion des indicateurs
pour les villes ayant lancé une extinction de l'éclairage cette année contre celles ne l'ayant pas encore fait.
Les deux courbes sont très proches de 2019 à 2021 mais la courbe des villes éteintes est légèrement au-dessus de l'autre pour
2018 et 2022

Nous pouvons aussi regarder la répartition du score pour chaque année :

Graphique de 2018 à 2022 montrant la médiane de la proportion des indicateurs
pour les villes ayant lancé une extinction de l'éclairage cette année contre celles ne l'ayant pas encore fait.
Les deux courbes sont identiques de 2019 à 2021 mais la courbe des villes éteintes est légèrement au-dessus de l'autre pour
2018 et 2022

Le champ d’étude reste limité (seulement 5 années) mais on peut remarquer des indicateurs très proches sur tout le domaine d’étude. On peut remarquer aussi qu’il n’y a pas de claire tendance à la hausse ou à la baisse pour le groupe des villes éteintes pour une année ou le groupe des villes non éteintes.

Une des fortes limitations de ces visualisations est le nombre de ville ayant recours à une extinction chaque année. Pour l’année 2020 par exemple, seules 637 villes ont déclenché une extinction de l’éclairage public et seulement 65 parmi celles-ci comptent plus de 4000 habitants.

De plus, certaines communes reviennent en arrière et rallument l’éclairage, d’autres ne sont pas nécessairement comptées par le CEREMA, enfin, les données de criminalité sont délicates à manipuler d’autant plus dans les communes où peu de criminalité est observée.

Ces limitations couplées à des métriques assez semblables ne permettent pas de conclure à un lien entre l’extinction de l’éclairage public avec une augmentation de la criminalité.

Des résultats qui vont dans le sens de la littérature

Évidemment, ces résultats sont aussi compréhensible grâce à la recherche. Le domaine d’étude est couvert par des scientifiques même si les méthodologies ne font pas encore consensus. Le service de fact-checking de l’AFP abordait même le sujet en février 2026 après que de nombreux candidats aux élections municipales de 2026 aient affirmé un lien entre extinction de l’éclairage public et hausse de l’insécurité.

En mettant en avant par exemple une revue de la littérature scientifique sur le sujet (2019) l’AFP relève des défis dans la recherche sur le sujet comme celui de bien mesurer la criminalité, les différences socioéconomiques des territoires limitant leur comparaison ou encore les différentes autres politiques publiques pouvant impacter la criminalité en parallèle de l’éclairage.

De manière plus localisée, Chloé Beaudet, chercheuse en économie de l’environnement, étudiait les même données que cet article en février 2026 et suggèrait que les politiques d’extinction de l’éclairage n’avaient pas d’effet significatif sur la criminalité.

La biodiversité, oubliée du débat local

Après avoir motivé certaines politiques d’extinction de l’éclairage public, la biodiversité semble au second plan de ces décisions maintenant prises principalement pour des raisons économiques et énergétique. Pourtant, les bienfaits pour la biodiversité dans l’extinction de l’éclairage public nous concernent aussi puisque plusieurs études tendent à montrer les effets néfastes sur la santé humaine de la forte pollution lumineuse.

Le débat et la recherche scientifique semblent rester ouvert sur le sujet de l’éclairage public alors même que nous n’avons pas abordé la sécurité routière ou les avancées technologiques possible sur les parcs d’éclairage. Les dernières élections municipales et les évolutions du prix de l’énergie joueront un rôle important dans le futur de ce sujet.

En bref

Alors que la science et les chiffres présentés ne concluent pas à une augmentation de la criminalité liée à l’extinction de l’éclairage public, les enjeux écologiques sont oubliés par le débat public.

Les nouveaux maires et conseillers municipaux doivent s’informer au mieux pour trouver des solutions adaptées à leur territoire sans tomber dans le piège de la désinformations.

Exploration des données yfalomir/explo-eclairage